• Vous êtes ici :
  • Actualités

Hommage à Rosalba Gasparro

Rosalba Gasparro

De la Méditerranée dans laquelle plongeait tout son être, bien au-delà des libations marines auxquelles elle se vouait depuis son promontoire sicilien, Rosalba Gasparro tirait une belle part de sa force comme des surprises qu’elle réservait aux uns et aux autres.

L’esprit délié qu’elle mit en oeuvre dans ses travaux est tout autant redevable aux complexités inextricables du Mare nostrum.

La fantaisie subtile faisait partie de l’écriture et du regard de cette femme convaincue des enjeux de la fable et de la magie. Elle ne s’intéressait pas pour rien aux puppi de la grande île. Cela la prédestina sans doute à sa rencontre avec la Belgique littéraire.

Hantée par les potentialités créatrices des oeuvres plus que par leurs grimoires, elle réserva au théâtre une belle part de la passion qui l’animait. Anouilh accompagna ses premiers pas, ce qui ouvre peut-être la porte à certains de ses jardins secrets.

La rencontre de Paul Willems auquel elle consacra la première monographie (Oltre il giardino, 2014) noua toutefois bien des fils de cette personnalité qu’émerveillaient le tragique comme les papillons. L’insertion de leur correspondance dans ce volume laisse entrevoir ce que pouvait être à ses yeux la fantaisie ponctuant l’acuité de la lecture. À l’écrivain d’Elle disait dormir pour mourir, elle réserva à Rome la splendeur d’une mise en scène.

Dès ses années d’enseignement à Pescara, alors que l’Italie s’adonnait avec ferveur à l’étude des Francophonies, Rosalba Gasparro se sent requise par la singularité culturelle belge. À partir des complexités méridionales qui l’avaient faite, elle pouvait l’approcher de plain-pied dans son baroquisme. Son volume Il Labirinto e l’esagono (1992) fait date par sa construction même. Comme les actes du colloque romain de 1992 organisé autour du théâtre : Le parole dell’altrove : Teatro spirituale del Belgio francofono.

Les termes "Labyrinthes", "Ailleurs" et "Au-delà" dessinent les horizons que sa critique dégage des oeuvres, dans une langue aussi maîtrisée en français qu’en italien. Le 8 juillet 1994, Paul Willems la félicite pour son étude sur "La Poupée morte et la Langue percluse". Il s’enchante de ce que Rosalba Gasparro écrit sur la féérie qui "vire au comique" et au "rire rituel". C’est ce type de passage qu’a réussi à cerner son travail.


Marc Quaghebeur