• Vous êtes ici :
  • Actualités

Le comédien Gérard Vivane nous laisse le souvenir de ses rôles

Ce 5 septembre 2020, un comédien de premier plan de la scène francophone belge nous a dit adieu : Gérard Vivane (1931-2020). Il nous laisse le souvenir d’une grande discrétion et de beaucoup d’élégance. La première référence à son nom dans notre base ASP@sia date de 1951, lorsqu’il interprète un page dans Antigone de Sophocle au Théâtre National de Belgique. Comme pour boucler la boucle, il joue en 2015 dans Oedipe Tyran mis en scène par Daniel Scahaise au Théâtre des Martyrs. On ne dira jamais assez combien actrices et acteurs créent, pour le plaisir de nos yeux et nos oreilles, un monde solidaire et uni. Monde auquel on rend trop peu hommage, surtout en ces temps difficiles.

Pour mener à bien une carrière qui s’échelonne, comme celle de Gérard Vivane, sur des dizaines d’années, combien de répétitions à effectuer – et dans des conditions parfois difficiles –, combien de costumes à étrenner, de répliques à apprendre, de gestes à trouver, d’intonations et de regards à renouveler chaque soir ! Quelle efflorescence de contacts aussi, avec les habilleuses et les régisseurs, les partenaires et le public, les metteur(se)s en scène, les directrices ou directeurs !

Monsieur Vivane, comme on l’appelait à l’Institut des Arts de Diffusion où il a enseigné 35 années, débute sa carrière en ce début des années 1950 au Théâtre National. Rude écolage que l’enchaînement à l’époque de nombreux rôles, parfois modestes, puis tout à coup glorieux. Comme Don Carlos dans la pièce homonyme en 1956. Il a 25 ans. Après une période où le National et plus marginalement le Théâtre de Poche le retiennent, Gérard Vivane se spécialise dans la commedia dell'arte et devient un des piliers du Théâtre de l’Alliance (1960-1970) aux côtés de Maurice Sévenant. Il y joue ; il y met en scène, réservant certaines de ses prestations pour le Rideau de Bruxelles.

La décennie suivante le voit diversifier ses rôles et ses lieux de prestation, avant qu’il ne rejoigne à la fin des années 1970 l’Atelier Jean Vilar où il joue sous la direction d’Otomar Krejca et d’Armand Delcampe. Il y interprète avec brio le docteur Tcheboutykine dans Les Trois Soeurs ainsi que l’intendant Chamraev dans La Mouette. Plus tard dans sa carrière, le Théâtre de la Valette le requiert. En 2013, il signe le texte français des Rustres de Goldoni.

Quelle variété de rôles endossés – près de 200 –, de théâtres fréquentés, de metteurs en scènes côtoyés, mais aussi de types d’action dramatique. Ne réalise-t-il pas une adaptation pour marionnettes du Siège d’Ostende de Ghelderode, qu’il interprète seul plusieurs années de suite, véritable prouesse d’acteur ?

Merci pour tant d’amour du Théâtre, Monsieur Vivane.

Vignette : Gérard Vivane dans Le Siège d'Ostende,
épopée pour marionnettes de Michel de Ghelderode.
Photo (c) Danièle Pierre, 2000 - AML 01289/0001

Vincent Radermecker
Attaché scientifique aux AML – section théâtre