Dire et (contre)faire : Jean de Boschère, imagier rebelle des années vingt (1 trouvée)

Dire et (contre)faire : Jean de Boschère, imagier rebelle des années vingt

Estimé des poètes les plus exigeants de son temps (d'Elskamp à Artaud en passant par Valéry), ami des Imagistes anglo-saxons pendant son exil londonien, l'écrivain-illustrateur-peintre-sculpteur Jean de Boschère (Uccle, 1878 - La Châtre, 1953) est demeuré dans l'ombre d'une histoire littéraire hostile aux figures inclassables. Et pourtant. Entre symbolisme et avant-garde, il est un véritable chaînon manquant de l'histoire du livre illustré des années vingt.
Bouleversé par le suicide de sa soeur aînée, défigurée par un bec-de-lièvre - un drame romancé dans l'inoubliable Marthe et l'Enragé (1927) -, Jean de Boschère s'est fait créateur d'art pour opposer aux crispations identitaires la beauté subversive des formes inédites. Il s'est rendu insaisissable par un jeu de masques provocateur, par la démultiplication de ses talents et, surtout, par un dialogue texte/image tout-à-fait insolite.
Dire et contrefaire. L'architecture équivoque des livres auto-illustrés de Jean de Boschère comme sa hantise des figures hybrides, elliptiques, déploient une poétique de la polysémie, du paradoxe et de l'écart, sans équivalent.
Sommet de cette machination, les collages secrets réalisés pour les poèmes de Job le Pauvre (1922) désignent, au coeur même de l'interstice sémiologique, le lieu privilégié pour penser l'ébranlement entropique de son époque. Et de la nôtre.