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Les archives Henry Bauchau aux AML

manuscrit Bauchau

Alors que les livres (éditions originales, rééditions, nombreuses traductions) et les textes en revues nous parvenaient au moment de leur publication, les manuscrits d’Henry Bauchau (le plus souvent en plusieurs versions) ont été acquis systématiquement par les Archives et Musée de la Littérature à partir de 1990, date de la parution de Oedipe sur la route, ainsi qu’un certain nombre de ses oeuvres plastiques et les correspondances qu’il a reçues (de confrères psychanalystes ou écrivains, d’éditeurs, de metteurs en scène, de cinéastes, de journalistes, de spécialistes ou de simples lecteurs de son oeuvre).

Ces documents ne sont pas encore tous intégrés dans notre base de données Plume. Cependant, lorsqu’on interroge celle-ci en prenant pour critère « Bauchau Henry » comme auteur, on voit apparaître près de 420 fiches. Le même critère comme sujet ajoute plus de 450 fiches, soit d'autres correspondances, une petite centaine de photographies, des documents audiovisuels et un très grand nombre d'articles, mémoires ou essais sur l'oeuvre.


Vignette : Henry Bauchau, page du manuscrit d'Antigone, 1e version, cahier 2, circa 1992.

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En ce qui concerne les romans, le lecteur pourra consulter les différentes variantes (cinq) de La Déchirure en manuscrits dactylographiés et autographes (dont un ensemble de 15 cahiers pour les 4 premières versions), mais aussi les épreuves corrigées par l’auteur pour sa réédition dans la collection Espace Nord et les manuscrits de la deuxième conférence qu’il a donnée sous ce titre à l'Université de Louvain (pour la Chaire de Poétique).

Pour Le Régiment noir, on trouve les textes autographes ou dactylographiés des 1er et 2e états, dont celui, en deux volumes reliés, remis à l’éditeur et un autographe d’une variante plus ancienne et plus courte de la deuxième version. S’y ajoute un pastel gras sous encadrement portant ce titre et signé « H », daté de l’année de la parution originale du roman.

Oedipe sur la route est sans doute le roman pour lequel s’affichent le plus de références : il est représenté notamment par deux volumes dactylographiés de la « première version longue » (qui avait dû être écourtée en raison des exigences de l’éditeur) de ce qui s’appelait alors « La Route de Colone », et par un 1er état, augmenté de quatre cahiers d’écolier de celui-ci et du manuscrit autographe de la « première version revue ». Enfin, huit cahiers d’écolier contenant la 2e version complètent cet ensemble. L'auteur a donné, de surcroît, le manuscrit d'une conférence présentée à Bruxelles : « Notes sur l'écriture d'Oedipe ».

Le titre Antigone fait apparaître d'autres documents que le seul roman : épreuves, textes dactylographiés ou imprimés d'articles ou de contributions à des revues, conférences, colloques ou ouvrages collectifs (« Le cri d'Antigone », « La lumière Antigone »...). De même que le poème « Les deux Antigone » en plusieurs états. Pour les manuscrits du roman, on dénombre ceux de la 1e et de la 2e versions (autographes, en 8 grands cahiers lignés), ceux des 2e et 3e en de nombreux états ou fragments, ceux des 3e et 4e entremêlées, puis de la 4e complète ou en divers fragments (dont certains portent des annotations de l'éditeur, Bertrand Py). Henry Bauchau commente en outre cette oeuvre dans des entretiens que l'on peut lire dans la revue Entre-vues.

De L'Enfant bleu, d'abord intitulé « Orion », les AML ont acquis une dactylographie datant de 2004, puis le manuscrit autographe en 14 cahiers lignés de la 1e et de la 2e versions. Ensuite se sont ajoutés ceux de la 3e, en de nombreux fragments et plusieurs états (numérotés par l'auteur de 1 à 8 !). On repérera encore le poème portant ce titre, qui apparaît par fragments successifs dans le roman et dont on peut lire les manuscrits autographes des 1e et 2e versions « en travail », entre autres brouillons de poèmes écrits dans un grand cahier. Parmi les dessins archivés, on en note un au crayon noir sur papier fort, signé « H. et Laurent » (dessin à quatre mains effectué avec un patient qui a servi de modèle à l’un des personnages de L'Enfant bleu).

Du Boulevard périphérique, les AML avaient d’abord reçu de l’auteur la dactylographie telle qu'elle fut envoyée chez l’éditeur Actes Sud, avant d’acquérir les six grands cahiers autographes des années 1980 qui seront à l'origine de L'Enfant bleu et du Boulevard périphérique.

Quant à Déluge, le dernier roman paru, ses manuscrits sont entrés dans les collections en décembre 2009 : une version complète et celle amputée de « Une vie de Marie », titre qui sera édité séparément et dont nous possédons également un état ultérieur.

Des nouvelles publiées, pointons, pour Diotime et les lions, les pages du « texte retiré du roman Oedipe sur la route durant l’été 89 », les deux ensembles de manuscrits destinés à la publication en récit, la version définitive envoyée à Actes Sud, les épreuves d’imprimerie avec corrections autographes. Les manuscrits de traductions en anglais sont également archivés : celle que Anne-Marie Glasheen adresse à Henry Bauchau à l’occasion de ses quatre-vingts ans, celle de Nancy Huston et celle qui fit l'objet de la thèse d'une Belge établie aux Etats-Unis.

L'Enfant de Salamine, autre nouvelle publiée et parfois titrée « Récit de Sophocle » par Bauchau, est représenté par plusieurs manuscrits autographes (les 1e et 2e versions écrites chacune en un cahier, la 3e sur feuilles libres) et les frappes dactylographiées correspondantes, dont un état destiné à La Revue Générale et la « version finale » datée d'octobre 1990.

Plusieurs de ces ouvrages en prose ont été adaptés pour le théâtre. Une transposition théâtrale de Oedipe sur la route par Henry Bauchau lui-même figure dans les collections sous le titre « Antigone ne se retourne pas », de même qu'une adaptation par la dramaturge Michèle Fabien, et une adaptation radiophonique de Juliette Heymann pour France Culture. Pour l'opéra tiré de Oedipe sur la route, le lecteur disposera de plusieurs versions autographes et dactylographiées, ainsi que du livret publié par La Monnaie en 2003.

En ce qui concerne Antigone, sont consultables le manuscrit dactylographié, le dossier de production et l'exemplaire publié de la « première adaptation théâtrale » par Michel Bernard et Christine Delmotte.

Pour l’adaptation au théâtre de Diotime et les lions, le lecteur intéressé pourra consulter les dossiers de production de Martine Chemana (pour une création « Théâtre-Danse-Musique » en Suisse) et de Valérie Cordy pour la Compagnie du Solestre, à Bruxelles, ainsi que le programme de la création mondiale par le Théâtre des Osses de Fribourg (Suisse) en avril 1994, dans la mise en scène de Gisèle Sallin et une scénographie de Jean-Claude de Bemels (dont une captation vidéo est disponible).

Quant à la pièce Gengis Khan, elle est représentée par un ensemble de manuscrits autographes et dactylographiés, soit plusieurs états de chacun des « Tableaux » de cette pièce de théâtre, et une « Note sur le manuscrit ». On trouve encore le texte d'une adaptation radiophonique par Roland Jay pour la RTB, ainsi que des commentaires de l’auteur lui-même (« A propos de Gengis Khan » et « Rencontre avec des personnages »), que ce soit sous forme de manuscrits autographes ou de variantes publiées dans le programme du Théâtre de l'Alliance Française (pour une autre mise en ondes) ou dans celui de la mise en scène de Ariane Mnouchkine. Un autre texte, daté de 1959 (« Gengis Khan ou L'arc-en-ciel habite l'orage »), figure dans le programme de la mise en scène de Jean-Claude Drouot et Pierre Laroche pour le Théâtre National de Belgique (pour laquelle nous disposons de la captation vidéo et d'affiches). Ce dernier a été repris depuis dans le 4e numéro des Cahiers Henry Bauchau, coédité par les AML.

Du deuxième texte théâtral publié, La Machination, nos collections conservent les manuscrits autographes et dactylographiés de la 1e version (non datée), ou le « manuscrit en travail » de 1967, alors intitulé « La Reine en amont », titre sous lequel il sera d'ailleurs réédité (remanié et augmenté d'une postface) par Les Eperonniers dans L'Arbre fou, puis par Actes Sud dans le Théâtre complet.

Enfin, nous détenons également des manuscrits autographe (de la 2e version) et dactylographié de l’adaptation du Prométhée enchaîné d’Eschyle par Bauchau.

Henry Bauchau a pour habitude de tenir un journal au cours de l’écriture de ses oeuvres. Plusieurs de ceux-ci ont été acquis, pour lesquels une demande préalable de consultation est cependant exigée. Ainsi, pour Gengis Khan, il y a huit cahiers d'écolier du « Journal » tenu pendant l'écriture de la pièce ; de même pour La Déchirure, le « Journal » compte 12 cahiers soigneusement datés. Celui de Oedipe sur la route, publié par Les Eperonniers sous le titre Jour après jour, fait aussi partie de nos collections : il comporte neuf grands cahiers lignés. Il y a enfin les 15 cahiers du Journal d'Antigone, titre sous lequel il fut publié par Actes Sud.

Pour l’oeuvre poétique, outre les poèmes « Les deux Antigone » et « L’Enfant bleu » déjà signalés, on trouvera certains des poèmes figurant dans le roman Oedipe sur la route parmi les brouillons et fragments de poèmes archivés, ou parmi ceux qui furent repris dans le volume L’Arbre fou. Sont également consultables : des brouillons de poèmes (sur feuilles libres ou en deux cahiers) dont ceux qui seront publiés dans le premier recueil (Les Chevaux de la mer, devenu Géologie), des versions en travail (pour La Dogana, La Pierre sans chagrin, La Chine intérieure, etc.), des manuscrits en divers états de La Sourde Oreille et de La Grande Troménie et pour la publication de Poésie 1950-1984 (outre une « première version dite définitive envoyée à Actes Sud », on trouve entre autres le manuscrit de celle « établie pour la Radio suisse romande » de La Chine intérieure), des commentaires sur La Sourde Oreille dans la correspondance, la dactylographie par Laure Bauchau de La Pierre sans chagrin (avec corrections par Henry Bauchau et sa dédicace à Laure), le manuscrit autographe du premier poème dont Bauchau a gardé la trace (« Cantique de l'Attente », 1931 ou 1932) et qui fut repris dans Géologie, ainsi que plusieurs jeux d’épreuves du recueil Heureux les déliants édité par Labor...

Les AML ont aussi reçu de l’auteur les textes autographes et dactylographiés de chacune des quatre conférences qu’il a données à l’Université de Louvain-la-Neuve, ainsi que la version définitive de celles-ci et les épreuves corrigées. Elles furent publiées dans la collection Chaire de Poétique de la Faculté de Philosophie et Lettres de l’U.C.L. sous le titre L’Écriture et la circonstance. Nous mettons également à disposition des chercheurs leur enregistrement sonore.

Quant aux correspondances reçues par Henry Bauchau, il faut signaler d'abord trois ensembles, relatifs à la même époque (de 1970 environ à 2001) : les lettres et télécopies de Jacques Devriend (avec quelques-unes des réponses de Bauchau) ; les lettres de André et Irène Molitor (accompagnées de deux tirés à part d'articles de A. Molitor et de deux lettres de Pierre Harmel) ; la correspondance de Marie-Claire Boons (avec quelques textes d'elle, dont une « Interview de Henry Bauchau » qu'elle a réalisée en avril 1995, quelques poèmes autographes de Bauchau et la photocopie de près de trente de ses lettres et cartes postales). Un quatrième lot, couvrant une large période également (des années 1960 jusqu'à 1993), contient des envois (400 environ) de correspondants très divers. Ces derniers documents doivent encore être intégrés dans la base de données. Parmi les acquisitions les plus récentes encore en cours de dépouillement, on dénombre en outre plusieurs correspondances à Bauchau, notamment des lettres des écrivains belges Caroline Lamarche, Max Loreau, Nicole Malinconi, Jean Sigrid, Paul Willems ; des metteurs en scène Valérie Cordy et Thierry Roisin ; de spécialistes comme Laura Lopez Morales, Adriano Marchetti, Anne Neuschäfer, Marc Quaghebeur. Sans compter les courriers liés aux diverses traductions de ses oeuvres, aux prix littéraires qu'il a reçus, à sa nomination à l'Académie royale de Langue et de Littérature françaises, à son adaptation du Prométhée enchaîné d'Eschyle pour le Théâtre du Rideau de Bruxelles, aux colloques qui lui furent consacrés (Noci, Metz, Cerisy) ou auquel il a lui-même participé (en l'honneur de Robert Vivier, à Liège). Fin 1990, les AML avaient par ailleurs reçu de l'auteur un dossier de lettres en photocopies et un dossier de presse spécifiquement liés à la parution de Oedipe sur la route.

En dehors du fonds Bauchau, nos fichiers renseignent aussi des lettres de cet auteur. A côté de celles conservées dans le fonds Jacques-Gérard Linze, diverses correspondances émaillent les fonds d’archives relatifs à Suzanne Lilar, René Micha, Jean Sigrid, Guy Vaes ou Jean Louvet. On signalera également plusieurs photocopies de lettres à Jean Paulhan ainsi qu’une lettre à André Souris à propos du film d’Henri Storck sur Paul Delvaux...

Une quinzaine d’oeuvres d’art complètent les documents littéraires du fonds Bauchau : pastels, fusains, encre blanche, encre noire et gouache, dessins au crayon noir, au bic ou au marqueur, sur papier ou sur carton. Notons en outre le portrait de Blanche Reverchon Jouve par Martine Colignon, qui était accroché dans le bureau de Bauchau, Impasse de la Bonne-Graine à Paris, ainsi que la bannière que portait Bauchau dans le défilé organisé par Ariane Mnouchkine « pour la libération des artistes sud-américains emprisonnés par les dictateurs », qu'il évoque dans L'Enfant bleu.

Des archives audiovisuelles sont aussi liées au fonds Henry Bauchau. Documents sonores, d'une part, comme les enregistrements d'une rencontre à l'occasion de la remise du Grand Prix quinquennal de littérature de la Communauté française (1985), des quatre conférences données à l'Université de Louvain en 1987 et d'un exposé sur « Littérature et psychanalyse », présenté l'année suivante. Emissions vidéo littéraires, d'autre part : Henry Bauchau au Théâtre Poème en 1990, interviews de Marc Quaghebeur à propos de l'oeuvre de Bauchau. Et enfin, plusieurs captations vidéo de théâtre : Gengis Khan, au Théâtre National en 1989 ; Diotime et les lions, dans la mise en scène de Gisèle Sallin (1994) et dans celles de Valérie Cordy (au Théâtre L'L de Bruxelles en 1998, puis pour les Estivales en 2000) ; une mise en scène de Valérie Cordy encore pour Le Cri d'Antigone (Charleroi, 1999) ; Oedipe sur la route dans l'adaptation de Michèle Fabien et la mise en scène de Frédéric Dussenne (Mons, 1999).



Jean Danhaive
(mai 2010)