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Un dépôt majeur de la Fondation Roi Baudouin aux Archives & Musée de la Littérature

Grâce à l’intervention du Fonds Léon Courtin-Marcelle Bouché géré par la Fondation Roi Baudouin, dix petits tableaux en papiers collés composés par le poète-plasticien Jean de Boschère (1878-1953) viennent de rejoindre le Fonds de manuscrits et d’oeuvres d’art de l’écrivain conservé aux AML.


Ces oeuvres, réalisées à partir de 1919 et longtemps tenues secrètes, sont exceptionnelles à plus d’un titre. Non seulement leur précocité les distingue comme une contribution majeure à l’histoire du collage en Belgique, entre les premières productions du dadaïste anversois Paul Joostens et les expérimentations multiformes des surréalistes. Mais surtout, elles participent d’une stupéfiante mystification, totalement inédite dans l’histoire du livre illustré.

Lorsqu’en 1922, Jean de Boschère publie, simultanément à Londres et à Paris, son recueil de poèmes Job le Pauvre, il présente les images qu’il a conçues pour l’illustrer comme autant de "gravures noires" - un procédé de gravure sophistiqué, très prisé des connaisseurs. De longues années passeront avant que ces images, tirées à l’encre noire sur d’intenses papiers de couleurs, ne révèlent enfin leur source authentique : une admirable suite de papiers collés, ouvragée minutieusement par Boschère dans le secret de son atelier, abritée des regards jusqu’à nos jours dans une importante collection bibliophilique privée, et désormais révélée au grand jour. Le Fonds des AML n’en possédait qu’un seul.

Faut-il voir dans cette mystification une stratégie éditoriale destinée à séduire un public demeuré méfiant à l’égard de la "trivialité" scandaleuse du collage ? Ou l’audace provocatrice d’un auteur hostile aux formes figées et aux significations univoques ? Les deux hypothèses ne s’excluent pas. Les mots brûlants de la poésie boschérienne déboulaient audacieusement dans ses images ; voilà que les images elles-mêmes débordent du livre pour envahir les cimaises.

Récemment parue dans la collection "Archives du Futur", l’étude de Véronique Jago-Antoine intitulée Dire et (contre)faire, Jean de Boschère imagier rebelle des années vingt, décrypte minutieusement ce dialogue atypique des mots et des images.

Soutènements d’une véritable poétique de la polysémie et du paradoxe, l’ingénierie équivoque des recueils auto-illustrés et la hantise boschérienne des figures hybrides imposent l’ami de Max Elskamp, compagnon des Imagistes anglo-saxons, comme un chaînon manquant de l’histoire du livre illustré des années vingt. L’interstice sémiologique apparaît tel un lieu privilégié pour penser l’ébranlement entropique de son époque. Et décrypter la nôtre.


Pour rappel :

Venez découvrir le déploiement exceptionnel des collages de Job le Pauvre dans le cadre de l’exposition
La Beauté du Diable – Jean de Boschère imagier des années vingt
Une exposition des AML à la Wittockiana, jusqu’au 28 mai.
Bibliotheca Wittockiana, musée des arts du livre et de la reliure, rue du Bemel, 23 à 1150 Bruxelles.
Visites guidées gratuites, tous les jeudis après-midi ou sur rendez-vous (info@wittockiana.org – 02 770 53 33).