Archives au présent : Corinne Hoex



Dans le cadre de la campagne @lisezvouslebelge, le cycle Archives au présent met en lumière des écrivains et écrivaines qui ont choisi de confier leurs archives aux Archives et Musée de la Littérature. À travers quatre questions, ils et elles témoignent de ce geste de transmission : faire de la mémoire individuelle une part vivante du patrimoine littéraire collectif, et montrer comment les archives nourrissent, aujourd’hui encore, la création et la lecture.
Qu’est-ce qui vous a donné envie de confier vos archives : le désir de laisser une trace, de transmettre, ou autre chose encore ?
Le désir de préserver les traces a certainement compté pour une large part dans ma démarche auprès des AML. Les traces occupent dans plusieurs de mes romans une place prépondérante, notamment dans Le Grand Menu, Ma robe n’est pas froissée, Décidément je t’assassine : elles y ont une vertu consolante, une fonction compensatoire. Dans le cadre des AML, les traces, les archives, détiennent l’émouvante faculté de redonner vie au contexte de l’élaboration d’une œuvre.
Quels types de documents avez-vous confiés aux AML, et comment avez-vous choisi ce qui devait y figurer ?
J’ai confié aux AML tout ce qui tournait autour de mes livres, enregistrements audio et vidéo (lectures et interviews), courriers, articles de presse, et également les traductions parues au Brésil, en Bulgarie, aux États-Unis, en Ukraine et, plus près de nous, en Belgique néerlandophone, qui me sont particulièrement chères tant je trouve passionnant le travail des traductrices et traducteurs qui me rejoignent au plus près du texte, jusque dans sa structure et sa musique. J’ai aussi confié aux AML plusieurs de mes livres réalisés avec des artistes, afin de permettre à ces œuvres rares et qui me tiennent à cœur de demeurer toujours accessibles.
Si vous deviez placer une seule pièce de vos archives dans une capsule temporelle qui serait rouverte dans cent ans, laquelle choisiriez-vous ?
Un exemplaire de mon premier roman, Le Grand Menu (paru en 2001 aux Éditions de l’Olivier), l’ouvrage par lequel et pour lequel je me suis engagée dans le travail d’écrire. J’espère que la capsule gardera aussi un peu de l’émotion intense, vitale, qui a commandé la venue au monde de ce texte.
Que signifie pour vous l’acte de déposer vos archives dans une institution œuvrant à la mémoire des lettres francophones belges telle que les AML ?
Pour ma part, je suis focalisée sur le travail en cours et il est rare que je retourne à mes ouvrages antérieurs. Quel meilleur destin offrir dès lors à ces archives que de les mettre à la disposition de ceux qui souhaiteraient les consulter ? J’aurais même envie d’inverser la question qui m’est posée : quel sens cela aurait-il de ne pas confier mes archives aux AML puisque les AML me font l’honneur de les accueillir, de les mettre en valeur et de veiller sur elles ?
Corinne Hoex, romancière, nouvelliste et poète, est l’autrice d’une trentaine de livres. Parmi ses publications récentes figurent Nos princes charmants (récits, Les Impressions Nouvelles, 2023), L’Ombre de toi-même (poésie et photographies, Tétras Lyre, 2023) et Les Reines du bal (roman, Grasset, 2024). Ses œuvres ont été traduites en anglais (États-Unis), néerlandais, allemand, ukrainien, bulgare et portugais (Brésil). Elle est membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.