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Raymond Du Moulin nous a quittés le 14 décembre 2016. Hommage de l’APA-AML

Raymond Du Moulin a travaillé assidument depuis une dizaine d’années à la conservation de l’autobiographie inédite au sein de l’APA, un courant de défense du patrimoine autobiographique, né en Italie et en France, devenu maintenant européen. Il était encore présent à notre dernière réunion mensuelle du 29 novembre 2016. A 92 ans et malgré ses ennuis de santé, il lisait un grand nombre de nos documents pour leur donner écho dans notre bulletin de liaison. Le n° 7, qui paraitra en avril, contiendra plusieurs de ses comptes rendus dont le style était unique : le souci de respecter scrupuleusement la double vérité de l’Histoire et des récits de ceux qui l’ont vécue. Raymond nous disait encore, dans la voiture, alors que je le reconduisais chez lui après la réunion, que nous faisions une oeuvre de création en construisant, pièce après pièce, ces archives de l’autobiographie au sein des Archives et Musée de la Littérature.

Son expertise de lecteur était celle d’un grand connaisseur de l’histoire contemporaine. Raymond a été diplomate, ministre plénipotentiaire, à Lima, à Bruxelles, à Mexico, à Bogota, au Mozambique, à Paris, à Stockholm, à New York, à Istanbul, à Jérusalem. Il a heureusement écrit son autobiographie pour en témoigner : "Récit de ma vie, Souvenirs d’un diplomate".

Son écoute très attentive lors des séances de travail de notre équipe pointait rapidement l’erreur historique ou la lacune d’information dans nos échos de lecture. Son habitude de la rédaction "diplomate" nous obligeait souvent à revoir l’une ou l’autre formulation.

Son intérêt pour la transmission avait ouvert son amplitude au maximum dans l’échelle du temps de la vie humaine : en écrivant ses mémoires, il pensait à ses petits-enfants et en se penchant sur Le colonel Léon Charlier combattant à Anvers, interné aux Pays-Bas, il remontait à son grand-père maternel. C’est en se souvenant de la "relation heureuse qu’il eut avec lui" et en partant de son dossier militaire pour essayer de reconstruire le personnage à partir du rôle essentiel qu’il eut pendant la Première Guerre mondiale, qu’il se penche sur les traces de mémoire laissées par ce personnage à la longue carrière militaire. Ce que Raymond a réussi en faisant exister le vécu de son aïeul dans ce moment particulier de l’histoire, lorsqu’il était interné aux Pays-Bas, est emblématique de la personnalité qu’il avait quand il était parmi nous à l’APA-AML. Son travail sur son autobiographie personnelle à propos de Léon Charlier aura permis des éclairages neufs sur les variations de la neutralité hollandaise au sein du conflit mondial de 1914-1918 et sur la double interdiction, même pour les non gradés, de s’évader, d’abord par un colonel hollandais ensuite par le gouvernement belge.


Francine Meurice

Vignette : Raymond du Moulin lors de
la réunion de l'APA-AML du 29 septembre 2015