Aller au contenu
Publications

Du Théâtre National de Belgique à l’édition : « Le Purgatoire » de Dante

Focus — Du Théâtre National de Belgique à l’édition : Le Purgatoire de Dante (un projet de Vincent Radermecker).

En avril-mai 1992, Pierre Laroche met en scène Le Purgatoire de Dante au Théâtre National de Belgique (aujourd’hui Théâtre National Wallonie-Bruxelles), dans une adaptation de Michel Ducobu. Le spectacle et sa reprise en septembre-octobre de la même année donnent lieu à trente-neuf représentations à Bruxelles, Namur et Tournai, mobilisant une quinzaine de comédiens — dont Pietro Pizzuti et Angelo Bison, qui clament ici et là des bribes du texte original en italien.

Il constitue, à ce jour, l’une des rares théâtralisations de l’œuvre dantesque sur une scène belge francophone. 

C’est ce spectacle que Vincent Radermecker, archiviste aux AML depuis 1999 (formé à l’IAD et licencié en Histoire), choisit d’étudier lors du colloque international Dante en Belgique francophone. De la traduction aux transcréations sémiotiques, organisé à l’Université de Mons en mai 2024. Sa communication (publiée dans les actes du colloque, revue Semicerchio n° LXXII-LXXIII, 2025, pp. 118-123), analyse les défis propres à la mise en scène d’un chef-d’œuvre non théâtral : comment concilier le caractère « sacré » du texte et le goût du spectateur pour ce qui le touche ici et maintenant ? 

Pour préparer cette contribution, Vincent Radermecker consulte les archives que Nathalie Laroche, fille du metteur en scène, conserve sur ce spectacle. Parmi les documents figure une brochure de travail — version du texte remise aux comédiens — amendée à la main par Pierre Laroche au fil des répétitions. Ce document de genèse ouvre une perspective éditoriale : pourquoi ne pas publier cette version scénique jusqu’alors inédite ?  

Le projet prend progressivement forme. Premier chantier : la dactylographie du texte, qui exige de déchiffrer et de retranscrire fidèlement les corrections manuscrites portées par Laroche sur sa brochure de travail — un travail à mi-chemin entre l’édition critique et la philologie. Vincent rédige ensuite un avant-propos qui replace le spectacle dans son contexte, et sollicite une postface de Fernando Funari (Université de Florence) consacrée à la spécificité traductologique de l’adaptation. Pour donner voix à ceux qui ont habité le texte sur scène, il conduit également une interview écrite avec Pietro Pizzuti, l’un des deux interprètes du rôle de Dante. Michel Ducobu, l’adaptateur, relit l’ensemble avant publication ; il accepte que le volume paraisse sous les noms de Laroche et Ducobu — associant ainsi les deux artistes dans une collaboration dont la première mouture remontait à 1986. Le livre, soutenu par l’UMONS et les AML, est paru chez SAMSA fin 2025.

Ce projet aura pris plus d’une année, de la consultation des archives à la parution du volume. Il illustre assez bien la façon dont certains travaux prennent corps aux AML : par sédimentation, au croisement de plusieurs activités que l’institution mène de front — la conservation et la valorisation des archives, la recherche sur la littérature et les arts de la scène, le soutien à des publications qui diffusent ce travail auprès d’un public plus large.

>> Fonds Pierre Laroche aux AML